vendredi 13 janvier 2012, par Morgan
Vous connaissez l’histoire du Petit Poucet ? Vous n’êtes pas les seuls. Alors... Que se passe-t-il quand des parents qui connaissent l’histoire du Petit Poucet essaient de perdre des enfants qui connaissent l’histoire du Petit Poucet ? Ça donne... "Mille petits poucets ", et une joyeuse famille recomposée !

Il était une fois, un homme profondément gentil et une femme vraiment méchante qui avaient plusieurs enfants. Ils étaient très pauvres, mais leur progéniture était vigoureuse et résistait à toutes les maladies mortelles en ce temps-là ...
Yann Autret propose une interprétation surprenante du célèbre conte Le Petit Poucet, même si le début semble se dérouler comme celui de la version originale.
Ainsi, la femme a décidé de se débarrasser des enfants qui sont beaucoup trop de bouches à nourrir. Mais son mari s’y oppose. Ce dernier, en faisant la lecture du soir pour que les petits s’endorment, donne une terrible idée à sa femme, à travers le conte du Petit Poucet. Avec l’influence qu’elle avait sur son mari, elle le pousse à s’occuper lui-même de cette tâche ingrate. L’homme emmène chaque dimanche sa progéniture dans la forêt pour la perdre... Mais au lieu de l’égarer, il ramène encore plus d’enfants avec lui !
Sur un ton chantant et soutenu, Yann Autret donne une belle intonation à ce conte moderne. Et il transforme une histoire d’abandon et d’égoïsme en une fable où la générosité et la gentillesse triomphent.
Qui mieux que Sylvie Serprix pouvait faire éclore au fil des pages tout cet amour ?
Il y a une ressemblance étonnante avec l’actrice Yolande Moreau pour le portrait de la méchante femme, et je ne sais pas si cela est fortuit ou pas, même si je suis persuadée que Sylvie Serprix ne l’a pas fait avec de mauvaises intentions. D’ailleurs, le père avec son casque en cuir et ses lunettes d’aviateur me fait penser à Jean Mermoz, un homme imposant et intègre.
Ici, elle préfère représenter les personnages et notamment les enfants par le tout qu’ils expriment ensemble, plutôt qu’individuellement et elle les fait pratiquement fusionner avec le décor qui les enveloppe. Ses paysages forestiers au moment de l’automne sont absolument envoûtants et renforcent le côté conte fantastique du texte.
Vu le tournant que prend cette histoire, Sylvie Serprix se permet quelques fantaisies en apportant des visages célèbres, une boîte de sardine qui fait office de lit et des petites bulles et nuages tracés en blanc pour rendre concrètes les paroles des personnages. Ses couleurs sont profondes avec des contours vaporeux qui laissent planer un sentiment d’immense douceur.
Un très bel album au grand format pour mettre en valeur la délicatesse du texte et les illustrations miroitantes et chaleureuses et qui, loin de parler d’abandon, raconte ici un magnifique récit sur l’adoption et l’amour.
Un grand bravo !


Mille petits poucets de Yann Autret (texte) et Sylvie Serprix (illustrations).
Editions Grasset Jeunesse, 15€.
D’autres albums de Sylvie Serprix :
Un piano sur son dos
Samiha et les fantômes
De ce côté du monde