L’album gagnant sur le thème du coucher et de la nuit.
mardi 13 octobre 2009, par Morgan
Pour la seconde fois, Marie-Isabelle Callier remporte un des concours à thème, celui du "coucher et de la nuit" avec Sarah et le petit pois.
Et elle a une fois de plus, trés généreusement accepté de répondre à mes questions :)
Sur Sarah et le petit pois :
Morgan : Je sais que vous vous êtes inspirée de votre expérience et celle de votre fille qui avait des problèmes de sommeil. Les avez-vous réglés de la même façon ?
Marie-Isabelle Callier : Sarah a eu une angoisse de séparation (qui souvent est inconsciemment vécue aussi par la mère, on est bien d’accord là -dessus), qui a duré jusqu’à ses 14 mois et même plus.
Mais au temps de Sarah et le petit pois, en effet, les choses se sont passées comme suit : tous les pédiatres, psys et autres vous diront qu’il ne faut pas rester dans la chambre jusqu’à ce que l’enfant s’endorme... Après une roséole et ses trois jours de 40, (et bien sûr, vous ne saviez pas que c’était une bête roséole...), il fallait donc un retour à la normale... Sarah était tout, sauf d’accord et les manifestations d’angoisse étaient telles que je ne pouvais pas la laisser pleurer. Après les histoires, le rituel du coucher etc, oui je me suis mise à chanter mais cette fois (contrairement au livre : pas en la tenant dans les bras) dans ma chambre, juste à côté. Cette semaine-là , je me suis couchée tous les jours en même temps qu’elle, en chantant... l-o-n-g-u-e-m-e-n-t ! Ma voix lui donnait ce lien, cette présence et cela a marché. Sarah a dormi dans son lit.
Pour moi, le petit pois crée pour l’enfant une diversion face au problème : “oh, regarde là -bas etc...” mais le petit pois représente surtout l’angoisse maternelle. D’ailleurs, c’est bien la maman qui rêve... Le clin d’oeil du petit pois est bien sûr pour les adultes...
M : Que pourriez-vous dire aux parents qui rencontrent le même problème ?
MIC : Aux parents qui rencontrent le même problème, je leur dirais d’écouter les pédiatres etc... , de lire “Le sommeil, le rêve et l’enfant” (je crois) mais de s’écouter aussi. Et d’écouter leur enfant. Car pour certains, l’angoisse est vraiment réelle. Et surtout de tenir bon : car vers 3-4 ans, Sarah est venue toutes les nuits se réfugier dans la chambre parentale jusquà se pelotonner en boule par terre, sans couverture pour être sûre que je ne l’entende pas et ne la remette pas dans son lit.... elle a 6 ans aujourd’hui et continue à s’endormir avec la lumière allumée... Mais elle ne se lève plus la nuit et dort dans son lit, foi de ouistiti !
M : Aujourd’hui, quel regard avez-vous sur cet album ?
MIC : Une douce émotion pour cet espace-temps privilégié de la relation fusionnelle avec un premier enfant. Un sourire pour la deuxième garde : où Sarah a bien mis sa maman en boîte ( !). Quelques maladresses de dessin oui... L’emploi du rose tout en évitant le rose neuneu... Les moments où Sarah et moi avons dessiné côte à côte... Je garde une immense tendresse pour cet album que Sarah chérit aussi, même si elle préfère de loin Bosses, Cabosse et Carabosse qui est plus drôle et lui parle de chocolat et de son papa !
Sur vous :
M : Je sais que vous êtes une maman de trois enfants qui vont désormais à l’école. Vous inspirez-vous toujours d’eux pour écrire vos textes ?
MIC : Oui et non. Mais principalement oui. Mes enfants m’habitent et leurs émotions surtout. Ce n’est pas pour rien que j’arrive plus ou moins à les dessiner, alors que mes personnages adultes sont encore gauches et maladroits. Mais le cercle s’agrandit petit à petit. Soit avec des personnes : neveux et nièces, ou frère et soeur, une amie proche. Ou avec une émotion à l’état pur : le départ par exemple...
M : Comment vos enfants et votre entourage accueillent-ils vos ouvrages ?
MIC : Mes enfants ont un immense plaisir à s’y reconnaître ainsi que leurs doudous, leur amour pour le chocolat et les fiers aventuriers qu’ils deviennent à chaque fois ( !). Ils savent très bien que c’est eux. Quand je vais à l’école pour lire “leur” livre , je vois leurs petits nez pointer plus haut... J’ai l’impression qu’ils sont d’autant plus contents que quand maman travaille, elle travaille “sur” eux ! Oui, comme tous, ils aiment prendre le plus de place possible !
J’ai écrit une nouvelle histoire dont l’héroïne est une petite amérindienne et Sarah s’est vraiment vexée :
” Et pourquoi tu n’écris plus sur nous ?“ Elle était fâchée. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que cette histoire est sur le thème du départ et sur l’importance de dire au revoir.
Et qu’un jour, elle aussi devra encore partir et dire au revoir, parce qu’avec le métier de son papa, nous allons déménager beaucoup, beaucoup. Donc, ce n’est pas sur eux, mais sur une émotion qu’ils ressentiront un jour et devront traverser.
Les adultes m’encouragent et en redemandent (merci à eux). Ils me confortent dans l’idée que même si mes livres sont très personnels et en grande partie autobiographiques, ils peuvent intéresser et être utiles à d’autre petits lecteurs. Malheureusement, ce ne sont pas eux les éditeurs...
M : Comment faites-vous pour cerner aussi justement les petits soucis quotidiens de la vie ?
MIC : Merci. Je ne sais pas... Parce que je les...vis. Je suis hypersensible, je suis et vis dans l’émotion. Chaque souci même tout petit peut faire écho à un autre beaucoup plus grand ou tout simplement prendre toute la place. Il me semble que les petits soucis aussi ont leur place, qu’il faut la leur donner. Bien sûr ils ne sont pas graves mais si on leur fait de la place, ils s’envolent bien plus vite... Et je voudrais tant en faire autant pour les grands ...
M : Quels sont vos projets et votre actualité ?
MIC : Ah ! les projets ! J’en ai plein ma hotte ! Comme dévoilé ci-dessus, mon livre d’hiver raconte le départ, la séparation et l’au revoir. Avec en toile de fond les amérindiens, les grandes plaines et... la petite ourse.
Une série mini collection (8 ou 12 petits livres) sur les jumeaux (tiens donc, pourquoi ? :-) et les problèmes spécifiques rencontrés dans la paire gemellaire. Donc petite enfance.
Projet qui avance lentement mais sûrement...
La mise en couleur d’un livre plus ancien qui doit voir le jour un jour... pour ma soeur.
Mais comme tous ces projets n’ont pas encore de futur éditorial, je prépare une exposition de peinture pour le mois de mai, ce qui me rattache à quelque chose de plus concret. Ah oui, j’oubliais : la construction de mon site web : peut-être la bonne fée passera-t-elle par là , sait-on jamais ?
L’appel est donc lancé si des éditeurs passent par ici et seraient intéressés par les beaux projets de Marie-Isabelle :)
Merci infiniment à elle de se livrer toujours autant pour notre plus grand plaisir !
L’article sur Sarah et le petit pois
L’article sur Bosses, Cabosse et Carabosse
L’interview de Marie-Isabelle Callier sur Bosses, Cabosse et Carabosse
Le site de Marie-Isabelle Callier

