A partir de 5 ans
mercredi 16 mars 2011, par Morgan
Quand elle sera grande, Samiha sera fantôme. Dans la famille, on est fantôme de mère en fille. C’est l’Oncle qui veut des femmes fantômes autour de lui. « Être un fantôme, c’est respecter son père, son frère et son mari. » Un jour, l’Oncle meurt et devient un fantôme à son tour, un vrai. « Tu trouves ça drôle d’être un fantôme ? » lui demande Samiha. Elle, ne sera jamais fantôme.

Samiha est destinée à devenir fantôme quand elle sera grande. Comme sa mère, sa tante, sa grand-mère... Elle ne pourra plus faire de balançoire, ni aller se baigner, ni grimper aux arbres. Salman, son petit frère ne veut pas qu’elle devienne un fantôme.
Avec simplicité et pertinence, Clémentine Beauvais évoque la condition de certaines femmes qui doivent porter la burqa, à travers une petite fille qui est destinée à devenir l’une d’entre elles. De son point de vue et de celui de son frère, les femmes de la famille ressemblent à des fantômes, emprisonnées sous ce voile intégral et coupées du monde. Cela soulève un problème de poids pour Samiha qui a bien compris qu’elle ne pourrait plus être libre, au sens propre comme au figuré, le jour où elle deviendra un fantôme, pire, elle ne pourra plus s’instruire.
Mais son oncle qui lui a promis qu’elle portera elle aussi la burqa, décéde. Et quand il revient en vrai fantôme pour le coup, la petite fille le met face aux évidences de se retrouver seul, enfermé, éloigné de tout. Clémentine Beauvais réussit à faire passer ce message de la condition féminine extrême avec beaucoup de sensibilité et surtout, d’une façon bien adaptée pour les enfants.
Une fois de plus, Sylvie Serprix met d’une manière merveilleuse en images les personnages. Les visages et surtout les regards sont empreints d’une magie radieuse, auréolé d’une grande douceur. La nature est trés présente dans ses planches, où les corps ont tendance à se confondre avec l’environnement. Une superbe perspective qui apporte une note trés poétique à l’ensemble. Quant aux couleurs, elles sont sublimes ! Chaudes et lumineuses, elles enveloppent les lecteurs, mettant en valeur toutes les richesses dont profitent Samiha et Salman, libres.
Au contraire, elle représente les femmes voilées réunies dans un coin, entre elles, et condamnées à des tâches ménagères.
Un superbe album porteur d’espoir auquel s’allie Amnesty International qui se bat pour les libertés individuelles et les discriminations. Le destin d’une petite fille qui se dessine pour changer les mentalités.
Un grand bravo !

Samiha et les fantômes de Clémentine Beauvais (texte) et Sylvie Serprix (illustrations).
Editions Talents Hauts, collection Des livres pour les filles ET pour les garçons, 11€50.
D’autres albums de Sylvie Serprix :
Un piano sur son dos
De ce côté du monde
Mille petits poucets
Le site de Clémentine Beauvais
Le site de Sylvie Serprix